lundi 7 décembre 2009

TRANSMUSICALES 2009 - Samedi 05 Décembre 2009 - Mr B.

Après l'excellente soirée de la veille, il ne fallait pas rêver non plus. Ce fut un net cran en dessous. Je vais donc être un poil plus expéditif.

On commence pourtant fort bien. D'abord en étant tous à l'heure et en savourant le moment où le parc est encore presque vide. ça ne va pas durer. La soirée est annoncée complète.



Après Slow Joe et Naomi Shelton, c'est au tour du papi ultime de ces trans de faire son show. Sixto Rodriguez, loser magnifique ressortit du néant de ses bides des seventies ouvre le bal. Je ne vais pas jouer les cyniques, j'ai vraiment trouvé ça émouvant de voir ce bonhomme au talent indéniable faire son improbable come-back. La formule live n'apporte pas grand chose à l'œuvre. Le rallongeage de sauce systématique à coup de solo finit même un peu par agacer. Pourtant le gars, même bien fatigué a toujours une présence et une classe folle. Et puis l'essentiel est là : sa voix incroyable et ses chansons malicieuses et acides. Une très belle ouverture donc.

Ça s'enchaine très bien avec le DJ irlandais de The Japanese Popstars. Le trio mixe avec une efficacité redoutable à défaut d'originalité. Sur scène il se démène joyeusement et un tour de main c'est dans la poche. L'énorme hall 9 entre rapidement en ébullition et on rentre dans la danse avec plaisir.

On s'arrache un peu à regret pour aller voir les sud africains de Blks Jks. Sur le papier, leur rock mâtiné d'expérimentations avait tout pour me plaire. Pourtant après une longue intro très prog/free jazz pas très inspiré, le quatuor peine vraiment à décoller on s'ennuie assez rapidement.

On enchaine donc rapidement avec le funk cinématographique des français de Push Up. Sur scène, il y a du monde... et de la sape ! Ça commence très classe avec une intro à la flute traversière tout à fait appétissante mais malgré l'entrée toute en souplesse d'un trio de chanteurs, là encore ça ne décolle pas. On aimerait bien entrer davantage dans l'histoire très blaxpotation de Jessy Brown mais la sauce ne prend pas.



On file donc rapidement pour la vedette du soir : Mr Oizo. Je suis très déçu de découvrir que le gars n'est ni jaune, ni difforme. Ça commence assez fort et l'implacable tube «vous êtes des animaux» déboule assez vite avec une efficacité redoutable et un hilarant final «Vous avez tous la grippe A/Vous allez mourir à Rennes». Passé ça, le bonhomme perd en fluidité et le set se fait beaucoup moins dansant. Ce n'est pas désagréable à écouter. Il y a plein de petits sons rigolos. Mais pour bouger ses fesses, ce n'est quand même pas l'idéal. Le hall 9 bourré à craquer ne semble pas s'émouvoir pour autant et saute comme un seul homme. Sur ce coup là, on les trouve vraiment bon public.

Après ça, une pause s'impose. Hélas, en allant chercher de quoi nous désaltérer, je ne me doute pas un instant que je vais être précipiter sans espoir de retour dans les horreurs insoutenables de la terrible BeerKrieg. L'imparable combinaison d'un parc expo plein, d'un manque de personnel au bar et de l'absence inexplicable de ticket boisson fait qu'aller chercher deux demis se transforme en l'escalade de l'Himalaya pieds nus. L'ambiance est exécrable. Les gens se bourrinent, engueulent copieusement les serveurs ou leurs voisins. Bref, une demi heure exquise et reposante. Un peu secoué par l'expérience, je retrouve mon Boogie qui était sur le point de lancer un alerte enlèvement, avec deux binouzes au goût un peu trop amer.

Du coup, on ne voit que les deux derniers morceaux de The Carps, duo guitare/batterie canadien. Dommage parce que les gars ont vraiment une belle présence et une énergie indéniable.


On tient tout de même jusqu'au trio The Politics dont le rock/rap énergique promettait de belles choses. Le mélange Beastie Boys/Weezer est vraiment sympa. Les gars bougent bien et le guitariste a la plus belle coupe de cheveux de ces Trans (avec celle de Slow Joe). Bon, il n'y a pas non plus de quoi s'ébouriffer plus que ça et le bidule manque peu être un poil de rage ou d'attitude. Ou alors, c'est la fatigue.

Allez zou, il est trois heures. Au pieu et à l'année prochaine.
Ces chroniques sont dédicacées au genou de Fix et aux cernes d'Isabelle.

TRANSMUSICALES 2009 - Vendredi 04 Décembre 2009 - Mr B.


C'est un poil vexé de ne pas avoir assisté le jeudi soir au retour des Trans en centre ville dans la «mythique» salle du Liberté que je déboule dans nos halls favoris en compagnie du beau et flegmatique Boogie. C'est amusant de voir comment une grosse boîte moche, au son pas terrible peut devenir légendaire en fermant trois ans. Bon, je suis carrément de mauvaise foi parce que je dois bien avouer avoir une belle pelletée de souvenirs extraordinaires de concerts dans cette salle.
Haaaaaaaaaaaaaa, la soirée des guitares de 1992 !



Foin de nostalgie facile et retour à cette excellente soirée qui commençait sous les meilleurs auspices. Les joyeux drilles islandais de FM Belfast font une ouverture parfaite avec en point d'orgue une reprise du « Kiling in the name of... » bariolée aux synthés 80's et totalement imparable.


On enchaîne illico presto avec Gaggle, une chorale anglaise glam punk. Oui, moi aussi ça me fait drôle de l'écrire. Sur scène, seize charmantes demoiselles vêtues de tenue de scènes chamarrées se démènent avec entrain pour faire vivre leurs ritournelles féministes pleines d'humour et de fraîcheur. La technique vocale est loin d'être irréprochable mais on s'en fout totalement tant leur malice et leur verve est communicative. Seul bémol, le set est un peu court et qui se termine un poil brusquement. Dommage.


On aperçoit rapidement l'andouille professionnel Mr Eleganz, chanteur des Success que l'on avait aperçu l'année dernière et qui m'avait bien fait marré dans le genre pêchu qui en fait des caisses. Cette année, il mixe et ça ne l'empêche absolument pas d'en faire des tonnes pour notre plus grand plaisir en se trémoussant comme un dément sur Propelerheads.



Le chanteur des australiens de Lost Valentinos ayant eu des soucis autoroutiers, ce sont les SlowJoe & the Ginger Accident qui prennent leur place. Je vous fais le pitch parce qu'il vaut le détour : ce groupe est la rencontre improbable d'un soixantenaire indien, chanteur de rue bien cabossé et d'un musicien lyonnais. Le résultat est un très touchant blues-rock, classique, pas toujours en place mais foncièrement émouvant et avec de vrais bouts de magie dedans.



C'est reparti ensuite pour un flip-flap musical avec l'electro-raga de la jamaïcaine Terry Lynn. Suite à l'écoute de quelques titres enflammés, on en attendait beaucoup. On en attendait peut être un peu trop. Pourtant au premier abord, ça envoie le bois. Beats agressifs, paroles ravageuses et projections vidéo impressionnantes... mais hélas ça tourne vite à vide. Le flow semble pas si bien assuré que ça. Il y a des musiciens sur scène (deux batteries et une guitare) mais on ne les entend absolument pas derrière le DJ. On finit donc par lâcher l'affaire assez rapidement.


L'infernal zapping kaléïdoscopique continue de plus belle avec un petit coup de guitares saturées des anglais de Detroit Social Club. Des mélodies carrées, un chanteur avec une belle présence et une jolie voix éraillée et nous passons un nouveau moment fort agréable.

Le seule vraie truc emmerdant de la soirée fut Jessie Evans. La belle californienne a beau se trémousser de fort belle manière sur les rythmes de son batteur, il ne se passe pas grand chose. Nous enchainons aussi sec sans état d'âme.


Fever Ray, projet parallèle de la chanteuse des suédois de The Knife, était ce qui pouvait se rapprocher le plus d'une tête d'affiche pour cette soirée. C'est dire. On retrouve d'emblée les ambiances sombres, tribales et mélodramatiques de cette musique proche de celle de Cocteau Twins ou Dead Can Dance. Musicalement, ça tient diablement la route. Les rythmes sont hypnotiques et tous les éléments (voix, guitares, effets) sont riches et parfaitement en place. Visuellement, c'est un peu contradictoire parce que si les costumes ont l'ait super soignés, on n'aperçoit pas grand chose (à peine des silhouettes et quelques lampes du plus belle effet) tant la scène est plongée dans une brume poisseuse. On regrettera surtout que l'heure tardive n'aide pas à apprécier d'avantage des tempos aussi langoureux.



Et hop, un nouveau changement d'ambiance radical avec l'electro-ragga survitaminé et caricatural de Major Lazer. En fait de gradé, on a surtout ce filou de Diplo qui nous avait déjà filé une bonne suée l'année dernière. Les deux danseuses et les deux MC sont juste là pour la galerie. On retrouve immédiatement le style de l'américain : ça mixe court et fort avec un rythme d'enfer. Si on accepte le côté outrancier et le défilé de poncifs raggamuffins poussés à leur extrême, on s'amuse beaucoup à ce show régressif, libidineux, idiot et totalement assumé.


Nous voilà repartis aux antipodes du précédent avec The Field. Le projet du suédois Axel Wilner est totalement à l'opposé de ce que l'on vient de voir. Son electro planante jouée ici avec l'aide d'un batteur et d'un guitariste est un modèle de finesse tout en conservant une puissance folle. Le set démarre sur un long morceau agressif et répétitif au possible pour s'adoucir (un peu) par la suite. La richesse sonore et l'énergie dégagée est vraiment revigorante pour cette heure tardive et nous redonne jusque ce qu'il faut de patate pour prolonger encore un peu le plaisir.


On sacrifie les belges d'Aeroplane sur l'autel de la galette saucisse. On s'offre au passage une petite demi-heure assise pour jeter une oreille sur les suivants que je sentais plutôt bien.



Sur ce coup là, j'ai eu du flair. Le prudent « on reste cinq minutes pour voir si c'est bien » vole en éclat dès les premiers instants du set volcanique du quatuor américain Solillaquists of sound. Les deux couples bricolent avec talent et assurance un rap positif et endiablé proche dans l'esprit des frondeurs DeLaSoul ou autre Arrested Development. Non seulement l'esprit est enjoué mais techniquement ça vole aussi très haut. Les beats sont savants et imaginatifs et les deux MC nous font un duo de voix réellement impressionnant. Entre le flow millimétrique et nasillard du gars et les accents soul de sa dame, c'est un vrai bonheur. Quand cette dernière, reprend le Strange Fruit de Billie Holiday en intro d'un morceau, on écoute ça avec des frissons dans le dos. De la très bonne musique, jouée avec talent par une bande éminemment sympathique, voilà une belle façon de finir cette excellente soirée en apothéose.

On va se coucher. Il est quatre heures du mat. On est resté huit heures sur place. On a vu onze concerts. On s'est totalement régalé. Wow.

TRANSMUSICALES 2009 - Jeudi 03 Décembre 2009 - Boogie Man

Et voilà, c'est reparti pour une nouvelle édition des Transmusicales !

Je me suis décidé au dernier moment pour la soirée du jeudi, à la fois pour le plaisir de retourner au Liberté, mais aussi et surtout pour voir le premier groupe qui tournait en boucle sur mon ordi depuis une semaine.

J'arrive très tôt pour ne pas rater le premier concert, et première bonne surprise, on passe par le Village, où se situent aussi les bars et stands de restauration.
Je chope une petite binouze coupé à l'eau, et je m'aperçois assez rapidement que l'on risque de passer une bonne partie des Trans à attendre son demi (il n'y a pourtant pas grand monde à cette heure, mais le remplacement du système ticket par de vieilles caisses enregistreuses allait mettre nos nerfs à rude épreuve...).

Je file enfin dans la grande salle du Liberté : alors que dire, c'est tout beau, tout propre, tout neuf, on circule plutôt facilement dans le hall d'entrée, mais dans l'ensemble, la structure est la même.
Le son est bon mais les points noirs subsistent :
- 0n ne voit toujours rien des gradins de côté.
- L'accès au Liberté haut (euh, pardon... Liberté l'Etage, ça a dû cogiter dur pour trouver un nom pareil...) est toujours engorgé (4 portes, deux pour la salle, deux pour les toilettes, ça fait un chassé-croisé pénible, surtout quand tu te plantes).

Direction Liberté Bas, où The Whitest Boy Alive viennent de commencer. Le nouveau projet du norvégien Erlend Oye me titillait les oreilles depuis une bonne semaine : en épluchant la programmation, je me suis retrouvé scotché sur leur Myspace.
Donc je vais manquer d'objectivité sur le coup : j'ai trouvé ça vraiment sympa en concert, même si le reproche qu'on peut le faire est d'avoir joué l'album, sans apporter grand chose de plus en live.
Les mélodies t'accrochent tout de suite, un clavier qui sonne eighties, sans tomber dans la caricature, mais complètement assumé quand même, des références évidentes (Daft Punk, Artics Monkeys, Julie Piétri...).
Quelques moments sympas de live (tout le groupe en « arrêt sur image », et surtout le grand chanteur se lançant dans une danse digne du Grand Guru, c'est-à-dire tout en hanches !).
Le public réagit plutôt bien, il faut dire qu'ils ont la tâche ingrate de débuter...
Ca n'est pas le concert des Trans, mais c'est la révélation des Trans (en ce qui me concerne, bien évidemment !).

J'enchaine directement au Liberté Haut avec 78 RPM selector, qui ne m'avait pas fait grande impression l'année dernière en ouverture de The Residents. Mais cette année il y a avec eux Ezra, beatboxer qui m'avait fait forte impression en 2006.
Bon, c'est assez conceptuel, je ne capte pas tout, mais c'est captivant, surtout lorsque le performer Olaf Odgari au regard plus qu'inquiétant, et le virtuose Ezra s'associent. C'est très tribal, Olaf danse sur les basses vocales inouïes d'Ezra, difficile de décrire le truc.
Le problème, c'est les interludes jazz des années 20, c'est long, ça casse le rythme, et surtout ça n'apporte pas grand-chose.
A ranger du côté des inclassables.

Je file me chercher un demi (vu le temps d'attente, ce sera finalement une pinte..), et j'arrive pour la fin de VV Brown. C'est carré, ça joue bien, la chanteuse assure, mais ça ne me fait rien du tout. Beaucoup d'arrangements (trop peut-être...), je décroche un peu avant la fin pour allez voir Beast au Liberté Haut.

Coup de bol, j'ai su après coup qu'un bon paquet de gens n'avaient pas pu rentrer, faute de place.
Le souci c'est que pendant tout le concert de Beast (1 heure), il n'y avait rien au Liberté Bas : 6000 personnes et une salle de 800 places, y'a comme un souci...
Alors je me suis donc retrouvé un peu par hasard au Liberté Haut, et je me suis ramassé une bonne claque ! La prestation du groupe est excellente, une grosse énergie mais bien canalisée, avec une voix et une présence incroyable de Betty Bonifassi (ex-chanteuse de Champion, qu'on avait raté en 2005, je crois).
La salle est parfaite pour ce genre de concert avec une scène relativement petite et un son excellent (sans bouchons, s'il-vous-plait !).
C'est un mélange de rock énervé et de hip-hop, ça me faisait penser à Rage against the machine, l'urgence en moins (je me comprends...).
Ils avaient l'air d'être heureux d'être là, et nous aussi ! Avec en final un gospel réinventé, parfait pour clore cet excellent concert. Je suis curieux d'écouter ça sur album.

A nouveau la galère pour saisir une bière (avec l'aide d'un père d'élève), et je rejoins les adorables voisines pour écouter un petit bout d'Abraham Inc. Le mélange (assez improbable sur papier) de musique ashkénaze, de funk et de hip-hop fonctionne parfaitement.

On file faire un tour au Liberté Haut, avec DJ Sandra, une adorable poupée russe, toute sereine derrière ses platines.

Mais il est temps de rentrer, boulot demain et surtout deux soirées au Parc Expo dans la foulée !

mercredi 14 octobre 2009

Shannon Wright en concert à l'UBU, Rennes, 8 octobre 2009

Ce jeudi 8 octobre, l’Ubu accueille Shannon Wright et Yeti Lane, le groupe parisien qui assure la première partie. A priori, la soirée affiche complet, ce qui ne me surprend pas une seconde ! Dire que j’attends ce concert avec impatience serait un cruel euphémisme. Shannon Wright est à mon avis, la plus grande dame de la musique actuelle en vie (expression inventée de concert avec The Hostess) et j’attends ce 8 octobre fébrilement depuis des semaines... The Hostess qui m’accompagne, tout pareil.


On a été mises en appétit avec l’arrivée, fin septembre du dernier opus de la dame, Honeybee Girls, à la sublime pochette et aux chansons parfaitement ouvragées (je vous fais une chronique d’ici peu). On attend donc de les entendre sonner sur scène !


Comment est-ce que je pourrais expliquer à quel point je suis fan de la musique de Shannon ? Dire que je l’ai vue plein de fois en concert ? Raconter que j’ai le 138ème digipack (sur mille) de l’édition limitée numérotée de Perishable Goods ? Expliquer que j’ai eu pour mon 30ème anniversaire une guitare Fender Jazzmaster crème et rouge (la même que Shannon Wright (Merci The Hostess)) ? Pas sûre que ça suffise. Bref, la musique de Shannon Wright touche à l’âme. Du moins à la mienne...

La soirée commence sous de bons auspices. Je croise Jean-Louis Brossard dans la salle, juste après sa présentation au micro des Yeti Lane. J’en profite pour le remercier du petit mot reçu le jour de mon 30ème anniversaire, coïncidant avec le 30ème anniversaire des Trans, signé par toute l’équipe des Transmusicales, accompagné du disque de la 30ème édition. Il trinque très gentiment avec moi. Je le laisse très vite profiter de la soirée, et je me faufile au milieu (enfin du moins j’essaie, les rangs sont très serrés ce soir !) du public pour écouter plus attentivement les Yeti Lane.



Trio guitare, batterie, claviers/basse, le groupe nous surprend très agréablement avec ses mélodies accrocheuses et ses arrangements (aux claviers ou aux chœurs notamment) plutôt habiles. Le batteur est loin d’être mauvais et on écoute le set d’une traite sans s’ennuyer. Pour le Guru qui aime les jeux des ressemblances, ça sonne parfois comme du Calc, parfois comme du Radiohead, sur un morceau comme du Grandaddy, mais sans s’y limiter... Bref, plutôt pas mal. Du coup, je leur achète leur premier album à la fin du concert. Pour apprendre les jours suivants que ce trio n’en est pas à son coup d’essai. Il s’agit de trois membres de Cyann & Ben (trois albums et une venue, me semble-t-il, il y a quelques années à La Route du Rock). Bref, le concert s’achève sur un rappel (une tradition à l’Ubu, merci M. Brossard) et une ruée vers le bar du public très nombreux. On en profite pour (espérance pas tout à fait confirmée) se placer mieux. Ma guitare arrive sur scène (d’ailleurs j’étais trop mal placée, mais il me semble que c’est aussi celle utilisée par le clavier de Yeti Lane...) et je suis aux anges. Je crois apercevoir Philippe Couderc, boss du label Vicious Circle (qui sort les albums de Shannon) à la rambarde. Il est bien placé, me dis-je, et je me dis que c’est quand même mieux ainsi (j’ai souvenir de sa déception quelques années avant, lorsqu’il tenait la stand merchandising pendant les concerts et qu’il pouvait rarement voir la totalité du set...).



Avant que ça commence, j’ai une pensée pour The Milk, qui assurait la première partie de Shannon à l’Antipode lors de la tournée de Let in the light. On l’avait découverte à ce moment-là, et on peut le dire, la jeune femme nous avait vraiment plu. On sait qu’elle appréciait Shannon, on espère qu’elle peut la voir, ce soir, de là-haut, si un là-haut existe...



L’ambiance se réchauffe et on est de plus en plus agglutinés quand le groupe arrive sur scène. Shannon tourne comme la dernière fois avec des barbus (certains sont même les mêmes !!) à la batterie, à la basse, et un nouveau membre qui a rejoint le combo sur scène, à la guitare (lui aussi une jazzmaster me semble-t-il) et aux « bidouillages ». Shannon quant à elle, se partage entre le piano et la guitare. On sent très vite une vraie ferveur dans le public, même si j’ai le regret de le dire, pourtant bien en deçà de celle qu’on vivra le lendemain à Nantes. Le concert débute par Tall Countryside qui ouvre le dernier album. Morceau plutôt folk s’il en est, mais que de gros soucis de sons (jack défecteux ? micro devant l’ampli HS ? Ampli en rade ?) viennent altérer. L’artiste ne se démonte pas pour autant, reste étonnamment calme et patiente, et continue de faire au mieux... Et c’est là qu’on se dit que c’est quand même une très grande dame... Parce que, malgré des soucis techniques, qui s’estomperont tout de même tout au long du set, une sorte d’abeille constante en fond sonore, et un son qu’on a connu bien meilleur, on ressortira du concert complètement soufflé, bluffé, dithyrambique... Les chansons tiennent vraiment toute la route et la prestation, même altérée, reste totalement incroyable.




Aussi, si on regrette que ce Tall countryside n’expose pas toute sa richesse mélodique en arpèges (a dream never came true), on reste admiratives et on se retrouve très vite emportées par l’avalanche rock qui déferle à sa suite. Les titres les plus rêches du dernier album (Trumpets on New Year’s Eve, Embers in your eyes) s’enchaînent dans une rythmique rock dévastatrice. Les membres du groupe de Shannon ont un talent monstre et une expérience (Slint...) respectée. Le bassiste bondit à chaque attaque rythmique et on ne peut que l’imiter. Le groupe est soudé et dégage une puissance incroyable. Shannon, bien sûr, nous envoie de vraies claques sonores. Quelle guitariste !! Et quelle chanteuse ! (même si elle ne se considère pas comme telle !)... Bref, une déflagration sonore qui nous laisse sans voix, hébétées... Après cette première partie toute en puissance sonore, le groupe enchaîne avec un second moment, (faussement) plus calme, Shannon pose sa guitare et s’installe au piano. On est tout aussi conquises.



En résumé, le concert balancera entre ces deux pôles pendant toute sa durée, les moments « éléctriques » avec Shannon à la guitare et ceux plus « acoustiques » (enfin avec une basse et une batterie !) avec Shannon au piano. L’impression finale sera celle d’un set bigrement équilibré, plein, sans temps mort et parfaitement pensé. Et ceci est d’autant plus remarquable que les morceaux choisis font la part belle à la majorité des albums de Shannon, aussi bien les morceaux de l’écorché Over the sun (Avalanche, You’ll be the Death of me, Black little Stray, Portray...) que ceux, lumineux, de Let in the Light (Defy my love, Louise, ...) tout comme le plus ancien, Dyed in the Wool (Hinterland, je crois aussi Less than a moment) ou même Maps of tacit (Within the quilt of demand...) . Bref, tout reste parfaitement cohérent.



On se surprend à se dire avec the Hostess, « tous des tubes, tous des TUBES ! ». Je remarque que la setlist reprend certains de mes morceaux préférés, et puis je rigole intérieurement en me disant qu’en fait ce sont les préférés des préférés. On a un vrai plaisir à ré-entendre Hinterland au piano (ça faisait longtemps). Je remercie le ciel pour You’ll be the death, j’ai le coeur serré sur Louise (ma Louise s’appelle Adrienne)... Bien sûr, certains cris du public ponctuent les débuts des morceaux les plus emblématiques de la dame, mais très sincèrement, tous les morceaux sont sublimes et sublimés. Aussi quand Shannon abandonne le micro pour chanter sans amplification par-dessus sa guitare sur un Black Little Stray d’anthologie, (même si celui du lendemain à Nantes sera encore plus intense, si tant est qu’on ait pu pensé que ce fut possible), son engagement est total et ne laisse personne indifférent. Vous pourrez d’ailleurs lire dans certains comptes-rendus de concert ou d’interview, la peur ou l’angoisse du chroniqueur. Shannon transperce le public et son regard montre bien qu’on n’est pas là pour rire. Je ne sais pas qui ou ce qu’est ce black little stray, mais je ne peux que lui conseiller de passer son chemin et de ne pas venir comme on le lui a demandé. Il vaudrait mieux pour lui.



Après un final abrasif, le groupe se retire avant un rappel, de trois titres, avec Shannon, seule, au piano. On entend toujours le silence dans les concerts de Shannon. Bien sûr au bar, on perçoit quand même quelques bières qui tintent. Mais devant la scène, c’est toujours la qualité d’écoute du public qui frappe. Les oreilles sont suspendues à sa voix, à ses mains sur le piano. Intense. Les musiciens rejoignent Shannon pour le dernier morceau. On peut féliciter ce choix audacieux : finir avec l’excellent Father. En grande fan des expérimentations de Thom Yorke sur Eraser, je ne peux me lasser de ces beats froids tout en cliquètements qui ponctuent ce nouveau titre. On est surprise de voir Shannon sans guitare, sans piano, avec son seul micro... Sa voix tout en reverb’ remplit l’espace et achève le concert comme dans un rêve.



De notre côté, on reste sans voix, abasourdies.



Heureusement qu’on va la voir demain à Nantes.



On finira sur ces mots à elle pendant le concert.



« Nice to see you ».

dimanche 22 mars 2009

Parcours épisode 1part1 : La famille

Ben oui, pas plus originale que les autres je commence mon parcours dans le salon familial. L'occasion de lancer un défi à e-girl : identifier toutes les chansons représentées ci dessous
Parcours I1

mercredi 25 février 2009

Top 2007

Il fut un temps où j’espérais arriver à un Top 10 de l’année représentatif, à mon avis, des avancées des, disons pour faire vite, « musiques actuelles ». J’espérais avec une infinie candeur, m’approcher le plus près possible d’une vérité. Pff, avec l’âge, je me rends compte de la vanité d’une telle entreprise et je change mon fusil d’épaule, ou plutôt mon saphir de bras... Bref, maintenant, je fais des tops qui ne prétendent rien, si ce n’est une trace du plaisir que m’ont laissé les disques qui le composent. Voici donc, bien en retard, mon top de 2007. Mes disques préférés. Je ne prétends pas que ce soit les meilleurs. Juste ceux que j’ai plus écoutés que les autres ou ceux qui m’ont donné les plus grosses claques.

P.J. Harvey, White Chalk
Arrivée dans mes oreilles aux premières orées de l’automne, cet album emporte tout. J’ai lu Wuthering Heights peu de temps avant. Et ça colle. Cette voix, sur le fil, à la limite de la fêlure... Cette rage qui fait fi, tout l’album de l’électricité... J’aime tous les putains de morceaux de ce disque et aucun ne me laisse de répit... Pendant quelques semaines, je n’ai rien pu écouter d’autre. Et pire, à chaque note finale, je ne pouvais faire autrement que d’appuyer sur replay. Les poils, comme on dit dans le Club ! Et les yeux mouillés. Très loin devant avec le deuxième, très très grande classe. Respect éternel, Polly Jean...

Florent Marchet, Rio Baril
Mais quel disque, quel disque ! Je me souviendrai longtemps je crois, de la première écoute. Rien de plus banal, pourtant, 50 minutes de voiture pour aller au boulot et un nouveau disque glissé dans l’autoradio. Mais voilà, c’était sans compter sur ce gars bourré de talents qui me fait quitter ma Clio pendant tout le trajet pour un village sûrement pas très lointain de celui dans lequel je vais bosser. Tout commence comme dans un film de Morricone, un sifflement au loin... Le ton est donné, d’ailleurs esquissé par le titre, Rio Baril (jeu de mots, je suppute, sur Rio Bravo et Rio Brésil) et la pochette : Florent Marchet de dos, sa chemise à carreaux et son levis dans le soleil qui regarde des barils... pas de pétrole, mais de bêtes silos de céréales ( ?) d’une usine ( ?) de campagne de par chez nous, à la sortie du village... De loin, on pourrait croire l’Amérique, mais non... L’intro, donc, un instrumental, qui rappelle Morricone se pervertit par l’entrée inopinée d’une sorte de guimbarde iconoclaste... On a changé de film ?...

On est à Rio Baril, son univers impitoyable... Mais en fait de dollars, voici la cité au baril : « son clocher, son école, sa place, ses cafés, son Crédit Agricole ». « Sa grande surface, rue de l’avenir ». Faudra repasser pour l’héroïsme... Un bled paumé d’où les jeunes rêvent seulement de s’enfuir. C’est le théâtre à peine sordide, même pas vraiment glauque de l’histoire qui suit, sur 15 titres. Dans ma voiture, ce matin-là, je suis suspendu à chaque mot. L’histoire qui se dit dans mon auto est drôle et tragique, je n’en perds pas un souffle. Florent Marchet est un conteur, un vrai. Toute la vie se tient entre ses lignes. Attention talent ! Essayez, vous, de raconter une histoire avec toutes ces ellipses qu’imposent les formats de l’album et des chansons ! Et le bonhomme est en parallèle un orfèvre en matière sonore ! Les arrangements du disque sont magnifiques, des cordes MelodyNelsoniennes esquissées parfois, aux trompettes et cuivres, jusqu’au banjo sufjanstevensien, on en a pour ses oreilles. Dans ma Clio ce matin-là, je sais que j’ai trouvé un disque qui va m’accompagner longtemps.

Mia, Bittersüss
D’abord je suis touchée par la pochette et cette candeur affichée. Et puis j’aime vraiment ce disque. Je l’écoute énormément. Et particulièrement en marchant. Entre pop électronique et techno minimaliste, la kölnichoise ( ;-) ) exilée à Berlin, offre un disque personnel, plein d’une sensualité douce-amère à l’image de son titre (Bittersüss en allemand). Deep, hypnotique, gracile, sensible et fragile tout à la fois.
(Attention à ne pas confondre avec M.I.A, la londonienne, que j’aime beaucoup aussi d’ailleurs)

Shannon Wright, Let in the Light
Bien sûr, ce n’est pas mon disque préféré de cette TRES GRANDE DAME. Mais c’est un excellent album pour autant. Shannon Wright fait partie de ceux (rares ?) dont l’exigence musicale ne faiblit jamais. Alors, bien sûr après l’abrasif Over the sun, ce nouvel opus semble plus calme (d’aucuns disent plus serein... peut-on en être sûr, pour autant avec Shannon ? Pour qui l’a vu en concert et est resté pétrifié, on arrive difficilement à croire que sérénité rime avec son nom à elle. Mais qui sait... c’est en tout cas, tout le mal qu’on lui souhaite !). C’est dû en partie au piano, plus souvent présent que la guitare (une fender jazzmaster ;-) ) sur ce disque-là. Mais l’évidence mélodique qui saisit ici (qu’elle soit presque légère sur « Defy this love » ou dramatique...) n’a rien à voir pour autant avec la facilité. Shannon se fait limpide. Tout en restant mélancolique et émouvante.

Radiohead, In rainbows
Ben je l’ai écouté après tout le monde. J’imaginais me retrouver face à un bon disque sans pour autant atteindre les deux comètes (Ok Computer & kid A ou même la claque émotionnelle de Thom Yorke en solo -Eraser-). Bien sûr, ce nouvel album ne me renverse pas comme eux... Mais pour moi, après écoute, l’adage se vérifie, un disque de Radiohead reste toujours un bon disque. Et sur la galette, un des titres les plus envoûtants du groupe : maintenant, je mets Nude sur toutes mes compil’.

Gui Boratto, Chromophobia
Le brésilien était déjà dans mon top de l’année dernière et cette année 2007 voit la confirmation de mon addiction à sa musique ! Une minimale pleine de reliefs. L’album est sorti sur Kompakt (pour moi, très souvent, un gage de qualité). Des bleeps et des progressions à la James Holden, une touche sexy moite à la Poker Flat (excellent label aussi, s’il en est), des beats souples à la Trentemoeller, des accents à la Dial (Lawrence, Pantha du Prince), une efficacité M_nus-ienne, une touche d’electronica rêveuse et avec tout ça on n’a même pas fait le tour de la galette... ah, ces brésiliens !!

Chromatics, IV
Bon je ne sais absolument pas si j’écouterai encore ce disque dans 10 ans, mais depuis que je l’ai, qu’est ce que j’ai pu l’écouter ! D’ailleurs de préférence la nuit au casque... Le premier morceau, les bruits de pas, la portière, et cette new wave synthétique qui emplit l’espace. Italians do it better, le label américain héberge ce trio de Portland, moins italo disco que ses autres signatures. Je n’ai aucun recul avec la new wave synthétique, avec le Cure de Disintegration, Siouxie, Joy Division, etc... Alors moi, ce disque, je ne peux que l’adorer. Je ne sais pas s’il restera, mais avouez que cette cover d’une de mes chansons préférées (Running up that hill de Kate Bush), ça le fait !

Liars, Stumm 287
Ben on rencontre certains groupes tardivement. Ils ont déjà une discographie bien remplie, les potes nous en ont déjà bien parlés, on a déjà lu un bon paquet de critiques positives, et pourtant, on n’a jamais écouté. Alors Liars, je les découvre avec ce disque, ce n’est peut être pas le meilleur, mais je n’en sais rien, je ne connais pas les autres. Stumm 287 sera ma porte d’entrée à moi. Sûrement pas le plus expérimental, d’après ce que j’ai compris, mais vraiment un disque que j’apprends à apprécier davantage à chaque écoute. Bon, le morceau d’ouverture est une tuerie, mais le reste de l’album vaut son pesant de cacahuètes aussi. Je crois que Pioup aussi l’a adopté...

Tocotronic, Kapitulation
Un groupe de pop-rock allemand... Pas très courant de le retrouver dans les tops de 2007 de ce côté du Rhin, mais je crois avoir ouï qu’en Allemagne, cet album est fortement plébiscité. Bien sûr, on reste dans une pop rock tout à fait accessible mais les textes, plutôt travaillés, nonobstant mon allemand not fluent, sont un vrai point fort de l’album. Musiques agréables, guitares électriques claires, mélodies accrocheuses et hop, le tour est joué. Et puis j’adore vraiment le dernier morceau Explosion...


Ah, qui va bien pouvoir finir ce top 10 ?... Et bien je botte en touche. Je mets le premier album électro-folk (oui !) de Chloé, The waiting room, vraiment réussi et personnel. L’inventivité de l’excellent Mirrored des Battles. La longévité de Björk avec ce Volta que j’aime vraiment beaucoup (Wanderlust est un de mes morceaux préférés). Une révérence appuyée à Electrelane et son dernier opus, puisqu’il n’en viendra pas d’autre (No shouts, no calls). Et une bonne dose du folk dérangée de Jason Edwards, Ouest. Je ne choisis pas, je les mélange comme autant de notes du parfum de 2007.




mercredi 18 février 2009

The Hostess – Un parcours : Episode 4

NIRVANA – Nevermind


Pour un événement important, on se rappelle où on était au moment où on l’a appris. Pareil pour certains disques. Je me rappelle exactement où j’étais à la seconde où j’ai entendu le riff de l’intro de “Smells like teen spirit”. L’album est bleu certes, mais je m’en rappelle vraiment comme une grosse vague bleue, en plein dans la tronche. Comme les vagues qui vous font tomber, les lames de fonds quoi (si si on en a en bretagne, surtout que l’eau est froide donc on perd facilement l’équilibre au bord). J’étais chez mon voisin du dessous, ça devait être fin 1992. C’était en train de devenir un de mes meilleurs potes, et on parlait déjà de monter un groupe de rock ensemble, si c’était pas déjà fait (cf ep.3). On était voisins, étudiants, on passait beaucoup de temps ensemble. Musicalement, j’avais tout à découvrir. J’avais envie de découvrir plein de disques, et j’y connaissais RIEN. J’ai toujours ou presque trouvé ma musique toute seule, donc avec le top 50, la radio. En gros j’écoutais Whitney Houston (et Texas of course). Je me doutais qu’il y avait autre chose. Et quand on a pas de grand frère à qui piquer les disques, pas internet (ça existait pas), et qu’on connait même pas les “inrockuptibles”, ben... on attends... Donc a m’a pris en main, et on m’a fait des mixtapes, avec talent. Le premier album qu’on m’a prêté c’est les Breeders, Pod. J’étais pas prête à la musique en vrac, ça l’a pas fait (après oui, carrément). Je savais pas ce qu’était un “sale son de guitare”. J’étais donc en pleine phase de transformation d’oreilles. Je découvrais le mot “rock indépendant”, et en quelques mois j’achetais plein des disques que mes copines connaissaient pas.
C’était donc une soirée entre copains classique, mais pour moi c’était très nouveau de trainer avec 12 personnes dans un appart. Et tout à coup brutalement, ils se sont tous mis à pousser les meubles. D’un seul coup 4 ou 5 gars ont empoigné la table, les chaises et tout viré dans les coins. et Tambour Battant le magnifique à mis tous les potars de sa chaîne à 11. Tant pis pour les voisins d’à côté, et la voisine du dessus est déjà là, c’est moi. Les guitares de Nirvana ont déboulé, j’étais assise. J’ai vu tous ces gars se mettre à sauter partout, littéralement. Et j’ai dit à la fin du morceau, C’EST QUOI CE TRUC ??????. J’ai adoré, tout de suite. L’album à tourné, tourné dans ma voiture, dans mon walkman. Et les soirées d’après, moi aussi je sautais partout. Parce que dans la foulée, j’ai aussi appris à faire la fête, à danser sans se prendre la tête, à boire du Bayleys, à rigoler toute la soirée. Je leur dois tout ou presque à cette bande là. On portait des grandes chemises à carreaux. Sans rire, c’est vrai. Enfin je crois. Notre groupe faisait de la Noisy Pop. on écoutait Ride. Encore une grande vague bleue.

( Youtube ) - NIRVANA Smells like teen spirit


The Hostess - Un parcours : épisode 3

TEXAS – Southside

Pourquoi j’ai mis tant de temps à passer à l’épisode 3? Je le saurais peut être en y allant.
Alors Texas... certainement LE disque le plus important de ma vie. et il ne s’agit pas ici de le défendre d’une manière ou d’une autre. Un parcours c’est beaucoup de musique mais aussi beaucoup de sa vie avec les disques. Alors je raconte, le disque qui a ouvert une porte, ou plutôt une fenêtre. Printemps 1990. J’étais en Terminale B, la classe des moyens partout. Ma vie était moyenne partout, assez morne. Je faisais de la guitare dans mon coin depuis quelques années. sur une corde, un ou deux accords. Très vaguement. Est ce que je rêvais déjà desespérément d’être dans un groupe de Rock? Je ne m’en rappelle pas. Il y a des choses qu’on a toujours su et qu’on sait un jour vraiment, en une seconde. Ma copine de lycée (celle de Wham – ep.2) n’arrêtait pas de fredonner “I don’t want a lover”, en disant que c’était sûr j’allais adorer cette chanson. J’ai acheté l’album (la cassette) pour lui faire plus tard une mixtape avec cette chanson. Et l’album n’a pas quitté mon walkman. Et c’était quelques jours avant l’Image. Le Clip, au Top 50. Love at the first sight. La révélation, mystique. Etre ado c’est un drôle de truc. A 18 ans, pas finie, à peine envie d’avoir mon bac, résolue à rester un an de plus chez papa maman, au chaud. Et avec ce clip, j’ai eu ENVIE. Envie d’avoir plein de copains, d’être dans un groupe, de chanter, de sauter partout, d’être libre, de faire la fête. Ca m’était pas arrivé avant. Techniquement j’étais amoureuse de Texas, du package. Je regardais le clip 20 fois (plus?) par jour. Je faisais plein de guitare, j’ai acheté (avant?) une imitation stratocaster et un ampli 10 watts. Je jouais à fond la disto. J’avais trouvé ma voie/x, je voulais être Sharleen Spiteri.

Mon film préféré était déjà Paris Texas, avant. Je croyais à fond aux “signes du destin”, j’appelais ça comme ça. Quand on est fan, on veut de la matière, pour coller dans le cahier de textes. Et là, c’était terrible. Le magazine papier Top 50 avait parfois des photos de Texas. Affreuses. Sharleen avait une tronche terrible sur toutes les photos. Je me souviens que c’était pénible physiquement la déception des photos des articles tant attendus. Puis j’ai su qu’ils allaient passer dans Rapido, l’émission Rock de De Caunes sur Canal +. J’ai attendu toute la semaine le dimanche d’après. Pénible la semaine d’attente. J’ai magnetoscopé l’émission et enregistré en même temps le son sur un dictaphone. Complètement incompréhensible l’accent écossais. Ils parlent, ils bougent. Je veux y être. je veux en être. jusqu’au surgissement du Réel : Concert annoncé à Paris, le 13 Décembre à La Cigale. Mes parents, conscients de l'enjeu majeur -leur coeur avait failli lâché plusieurs fois en me voyant me ruer en criant sur le magnétoscope du salon parce que Texas passait dans une émission le samedi soir- ont organisé le voyage à Paris, pour que je puisse aller voir mon premier vrai concert de ma vie. Affreux d’attendre, j’allais les voir en vrai. J’aimais pas trop ça les trucs réels, je préferais rêvasser. Et j’avais raison d’avoir peur pour le coup. Ce fût affreux. Elle avait les cheveux longs, elle était pas terrible. Elle avait plus la tête du clip. Ca me parait fou maintenant, mais j’étais déchirée, anéantie. Et ma copine de lycée avait adoré le concert. Ce n’est que des années plus tard, en aimant moins le groupe, que j’ai vraiment apprécié de les voir en concert, et que je l’ai trouvé super belle (faut dire que comme moi, elle s’est arrangé en vieillissant ;) ).
Finalement contre toute attente, j’ai eu mon bac, et je suis partie vivre à Rennes, j’avais mon appartement, il était super. J’ai foiré ma première année de fac, je n’allais pas en cours je connaissais personne. J’ai acheté ma deuxième guitare électrique, une copie de grosse gibson, comme celle du clip pour le Slide. Et puis l’année suivante tout à changé d’un coup. Je me suis fait des copines, on est devenues inséparables. Et je me suis fait des copains. J’avais jamais eu de copains garçons, à part quand j’étais petite. J’ai copiné avec mon voisin du dessous, qui était batteur, qui montait un groupe, qui m’avait entendu faire de la guitare. Je me rappelle du clip de Texas dans les bayous, on les voyait sortir tous ensemble nonchalamment d’un bar ou d’une maison. Je me repassais la scène en boucle. J’avais plus envie de vivre ça que d’être amoureuse. Un truc de fille unique de rêver d’avoir une bande? J’ai eu ma bande, tous les copains du groupe qui m’ont adopté, et j’ai eu mon groupe de Rock, avec des répêts, une maquette, quelques concerts, des affiches, des pass autour du cou pour le festival du coin. A dream came true. C’est même comme ça que j’ai connu le Guru du Club, on a joué la même soirée à la MJC de Villejean. J’étais une star. Je me sentais plus quand je transportais les amplis. Je prenais l’air dégagé du roadie qui fait ça tous les jours. J’étais pétrifié de trac, et pourtant j’adorais ça gratter ma guitare. J’ai même chanté dans le groupe, j’ai même écrit une chanson, que des gens ont bien aimé. Une chanson triste. Le groupe s’est séparé un an après. C’était pas encore la fin de la musique pour moi, ça viendrait plus tard.
A oui, j’écrivais Texas partout. Je l’ai gravé dans plein de savons. 3 animaux domestiques de mes amis, un chien, un chat et un hamster, se sont appelés Texas. Je ne parlais que de ça. Et ma mère me disait “ça te passera”, et je me disais qu’elle comprenait rien, que ça ne me passerait jamais. L’été 1990, on est partis en vacances une semaine sur un bateau. Je ne voulais pas y aller, pas question. je ne voyais pas comment je pouvais survivre physiquement une semaine sans regarder le clip, réellement. J’y suis allée, la mort dans l’âme, parce que j’ai toujours fait ce qu’on me disait de faire. C’était du tourisme fluvial, et en fait je marchais sur le bord de la rivière avec mon walkman vissé sur la tête, comme un malade qui marche avec sa perf.

J’ai toujours rêvé d’avoir la guitare de Sharleen, la Telecaster noire et blanche. Maintenant je peux me l’acheter. J’ai toujours cru que tout serait différent si j’avais cette guitare. J’ai peur qu’il ne se passe rien si je l’achète.

( Youtube ) TEXAS - I don't want a lover

mardi 19 août 2008

Route du Rock été 2008 de Mr B

Tiens, j'ai fini par retrouver mon code pour le blog...

Jeudi 14 août

Nous voilà repartis pour notre ration estivale et malouine de musique bien hydratée. Avec les fidèles et charmantes Hostess et E-girl, nous reprenons la formule gagnante de l'année dernière : palais + fort Saint-Père et nous retrouvons donc affublés d'un seyant bracelet bleu disco à paillettes.

En filous expérimentés, nous réussissons à nous garer dans un Saint-Malo bourré jusqu'à la gueule de gens en tongs. Nous commençons donc bien calés dans les fauteuils moelleux du palais avec le duo de San Francisco The Dodos. Leur pop folk énervée n'a rien de bien estomaquant, « juste » une voix charmante, des arrangements inventifs et surtout une très belle énergie. Parfait pour ouvrir les hostilités.

Même si je déteste ça, je vais filer la métaphore guerrière avec l'attaque thermonucléaire du duo électro-psyché-tribal de Bristol : Fuck buttons. Rythmiques barbares, boucles hallucinées et déferlantes sonores s'abattent sans prévenir sur nos oreilles à peine échauffées. Les murs du palais tremblent, les machines à sous du casino voisin explosent en gerbe de petite monnaie et nos oreilles saignent. J'en ressors un peu groggy mais totalement ravi.

L'hébétude laisse rapidement place à l'inquiétude quand, sur la route du fort, s'abattent sur nous des trombes d'eau délugesques. Le spectre humide et boueux de 2003 souffle sur nos échines. Brrrrrrr. En fait, une fois sur place, la pluie se fait plus légère pour nous laisser passer une soirée glaciale mais sèche. Globalement, malgré quelques frayeurs le samedi nous naviguerons miraculeusement entre les gouttes.

Je passe la main à l'ami Fix pour the war on drugs dont nous sacrifions la fin de concert pour le rituel de la première bière.

Je n'avais en fait pas trop d'idée précise de ce que pouvait bien être le duo pop-hype de The Dø. Je découvre donc en direct et au final, ça ne m'emballe guère. Il y a de l'entrain, c'est sûr, mais tout ça me paraît tellement inoffensif que ça me passe totalement au dessus de la tête.

Incroyablement, je dois avouer être resté sur un mauvais souvenir du concert de 99 des Tindersticks dans ce même festival. Je me rappelle m'être copieusement emmerdé en ayant l'impression d'écouter dix fois la même chanson. En deux chansons, je suis définitivement réconcilié avec la bande Stuart Staples. Même si leur style mélancolique et vénéneux reste immuable, les compos sont beaucoup plus variées et l'ajout de sections corde et cuivre propulse le tout dans les étoiles. Très très classe.

Le contraste est saisissant avec le je-m'en-foutisme goguenard et totalement assumé des Breeders. Les soeurs Deal n'en ont visiblement pas grand chose à foutre, mais s'amusent bien et étonnamment, c'est communicatif. Le côté mal foutu des ces ritournelles de trois minutes rend tout ça extrêmement sympathique. Bon, 1h20 de concert sans savoir ni enchaîner deux chansons ni en conclure une autrement que sur un vague accord plaqué, c'est un peu long, mais les tubes restent irrésistibles et les covers (Beatles, Guided by voices) font plaisir à entendre.

C'est quitte ou double pour les californiens de Cold War kids qui ont la dure mission de nous garder éveillés par des températures polaires jusqu'au dernier groupe. Bonne surprise, ça marche très bien. Leur blues rock fiévreux et racé, porté par la sublime voix de Nathan Willett me surprend et me ravit au-delà de mes espérances. Je suis très curieux d'écouter ça sur album.


Malgré ça, les demoiselles jettent l'éponge pour raison de repas familial le lendemain et je me retrouve seul pour les très attendus Foals (et pas que par moi visiblement). J'adore l'album antidotes et j'attendais fermement de voir leur valeur sur scène. Je ne suis pas déçu. Le set est précis et survitaminé (à 3h du mat et par – 40°C, il y a plutôt intérêt). Les derniers survivants du fort dansent comme des possédés et ça fait un bien fou.


Je vais me pieuter avec un large sourire de satisfaction.


Vendredi 15 août

La seconde journée est, elle aussi, pleine de promesses. Le soleil pointe présent, les gens en tong aussi. Malgré tout, on ne rate pas grand chose du trio US réduit à deux Bowerbirds et c'est tant mieux. La voix de la charmante accordéoniste se marie à merveille avec celle du guitariste et leur pop/folk est tout à fait charmante. Si ça se confirme que sur album les arrangements sont plus travaillés ça doit mériter le détour.

Le copain Bug nous avait prévenu, mais Micah P. Hinson impressionne. Une dégaine improbable à la Elvis Costello rondouillard, un jeu de guitare à la Johnny Cash et surtout une voix incroyable à mi chemin entre encore le père Cash et Vic Chessnutt. Du second, il garde aussi l'humour dépressif et teigneux et le songwriting acerbe. C'est donc très, très classe. Sur la longueur, il finit même par se détendre et se révèle une vraie pipelette dans un style « fuck off » quand même.
Je note ça illico tout en haut de ma liste d'albums à chopper.

Nous retrouvons quelques renforts au fort : ma belle, Fix et Gégé dit « la duchesse de la Gouesnière ».

L'adage est connu de toutes les crémières : « bon second concert au palais, premier concert au fort loupé » et on ne verra donc que des miettes de No Age. Dommage ça avait l'air bien.

J'avais gardé un bon souvenir de Why? il y a deux ans et le second round confirme. Ça s'éloigne de plus en plus des archétypes hip-hop déviant du label Anticon mais tout en se popifiant ça conserve l'esprit frondeur d'origine. Le concert est gonflé dans un style tout calme mais tout passe avec bonheur. L'ajout de l'excellent Andrew Broder (ex Fog) ne fait que rajouter à mon plaisir.

Leur concert de 2002 m'ayant laissé des étoiles dans les oreilles, mon attente était très forte pour mes chouchous de The Notwist. Le doute se dissipe en quelques accords et je sens instantanément que ça va dépasser toutes mes espérances. Le choix est visiblement de faire très fort avec un set puissant mettant en avant les rythmiques et les petites boucles accrocheuses de Martin Gretschmann. Le plus fort, c'est qu'ils y parviennent avec une facilité déconcertante et en réussissant à conserver de bout en bout leur grâce lunaire. La grande classe quoi. Le concert passe et je suis en apesanteur en me délectant des détours entre les albums. Les allemands jouent au jeu du chat et de la souris avec les fans avec leur version largement remaniée qui laisse planer un délicieux doute sur ce qu'on écoute et qui finissent par se dévoiler avec malice. Le point d'orgue est atteint en milieu de concert avec un « pilot » gargantuesque se payant le luxe d'un pont dub classieux à mi-course. Rhaaaa lovely !

L'ami Fix conclut le concert par cette sentence définitive: « C'est le meilleur groupe du monde ». J'acquiesce.

Les islandais Sigur Rós sont apparemment très attendus. Pas par moi en tout cas puisque je ne connais d'eux que le titre de la compil. Ça commence plutôt mal avec de pénibles vocalises dans l'aigu d'un chanteur à queue de cheval et veste à franges. Après le filet de voix magique de Markus Archer, ça fait mal. Ensuite ça vire au barnum avec plein de types, des cuivres et des cordes qui ne servent pas à grand chose et un canon à confettis. La foule à l'air d'adorer mais je ne me sens que vaguement gêné par le ridicule du bidule.

Tant pis pour Pivot et Adam Kesher, on va se coucher histoire de garder un peu de réserve pour le final.


Samedi 16 août

Après deux jours de cartons pleins, que va donc donner cette ultime journée beaucoup moins excitante sur le papier ?

On commence en douceur avec Phosphorescent, un barbu à très belle voix (une constante cette année, heu, les belles voix, pas les barbes hein !) tout seul avec sa guitare. Bien calé dans son fauteuil, avec les yeux fermés, son post-folk est un vrai délice.

Windsor for the derby est sûrement un très bon groupe qui mérite la découverte mais le set est gâché par des gros problèmes de volume sur les voix. J'ai un peu le sentiment d'un rendez-vous raté mais on file sans trop de regret parce qu'il y a des petits gars au fort dont j'attends beaucoup.

Du coup, on arrive hyper en avance dans un fort désert. On prend tranquillou notre binouze rituelle, on flâne du côté des labels et on se cale peinards au pied de la scène pour voir Menomena. La pop alambiquée et aventureuse de ce trio de Portland étant un de mes coups de coeur du moment, je suis très content de les voir sur scène. Et wow, qu'ils sont forts. Pour rester le plus fidèle possible aux compositions alambiquées des galettes, les zozos jonglent avec une foule d'instruments et de pédales. Ça virevolte allégrement et la sauce prend parfaitement. Les compositions prennent toute leur force en live, il y a de la technique mais il y a aussi du coeur. Le batteur à l'air de friser l'apoplexie mais tombe juste à chaque fois. Un très beau concert généreux et riche en talent qui donne envie de les voir dans un contexte plus cosy.

On n'attendait pas grand chose non plus des délires western des ex little rabbits et pourtant. On avait sous-estimé le capital sympathie des French cowboy. Rien de flamboyant mais une musique agréable et surtout une attitude royale et drôle. Ça papote juste ce qu'il faut pour faire marrer sans saouler et quand ils invitent sur scène les fans des Girls in Hawaii qui poireautent depuis l'ouverture du fort on applaudit le geste. Chapeau les cowboys.

On va aller plus vite sur la fin parce que le festival aborde sa phase pop (dans le sens populaire) et que c'est moins ma tasse de thé. Les belges de Girls in Hawaii sont mimis et finalement moins craignos que prévu. Par contre le duo pop opportuniste The Tings Tings m'est franchement plus antipathique. Tout comme les Poni Hoax dont le disco/cold wave est assez agréable mais dont l'attitude branleurs graveleux l'est beaucoup moins. Bof donc.

On déclare forfait pour Midnight Juggernauts. On a eu notre dose pour cette année.

Un très beau cru donc. En plus, le festival a fait 16 500 entrées et donc a dépassé le seuil qu'il lui fallait atteindre pour éponger un peu sa dette et sauver provisoirement sa peau. Il y aura donc bien une édition hiver et au moins une autre édition été. Si c'est toujours de cette qualité là, je signe tout de suite pour dix ans de plus.

P.S. Spéciales bises aux filles pour le transport, les conversations, la gentillesse et les envies de crêpes.

samedi 16 août 2008

Route du Rock : été 2008

Il paraît que le psychédélisme est de retour. Si ça se trouve il n’est jamais parti lui non plus. En tout cas il traîne chez les War On Drugs. Ça veut dire quoi ? Ben c’est une question d’utilisation d’effets, entre autres, sur du matériel assez classique, avec touches de ceci ou de cela. De Pennsylvanie dites-vous ? Oui c’est ça. C’est entre New-York et San Francisco ? Non, carrément à l’est ? Donc c’est pour ça qu’ils ont chopé du son anglais d’il y a près de 20 ans aussi.
Je ne me souviens plus trop à vrai dire. Juste que ça m’a aidé à attendre sous la pluie, avec ma clope et ma bouteille de boisson sucrée sans bouchon.
The Do ? Sympa. Dommage qu’on voit pas aussi bien la fille que sur la pochette. Elle tient sa guitare comme une fille. Dommage les samples. Sympa de causer en français. Bien sa voix. On cause, avec Mr B, preuve qu’on doit pas être très accrochés. On parle banque et prêt immobilier.
Tindersticks. Feront un break « to fix it ». Quoi ? Les retours disent les filles. Ah c’est pour ça que le monsieur a des problèmes de justesse. Et de coffre aussi je trouve au début du concert. Après je suis complètement pris. Les cordes, les cuivres, sa voix, les mélodies-souvenirs, les montées, le clavier, Manoukian à la basse. Tout nickel. Grande classe. Grand concert. Avec lenteur et calme devant une petite foule, à cette heure-là. Pris.
Les Breeders c’était mieux avant. Avec Donelly. En encore les Muses c’était mieux. Coolitude. Mon cul. Je pars.

No Age. Heureusement que je me suis enfilé le disque plusieurs fois, je suis prévenu. Donc je le prends du bon côté : expérience. De son, de cru. Je commence de loin. Et je m’approche, et m’approche. Je veux voir ces deux gus de tout près, c’est pas si fort (ou je suis sourd déjà). C’est pas de la coolitude là. C’est du rock et plus encore. Ça fait du bien parce que c’est plein de choses qu’on connaît déjà ailleurs (Sonic Youth, Cramps …) et c’est autre chose que tous les autres groupes dans la façon de faire un concert.
Why ? Parce que. Désolé. Parce que leurs chansons sont très bonne. Parce que les musiciens sont bons. Tempi pas élevés non plus mais moins de dynamique que Staples and co hier. Mais j’arrive un peu à écouter les paroles. Et je vais m’asseoir. Bien vu cet écran.
Parfait pour the Notwist.
The Notwist est le meilleur groupe du monde. Voilà. C’est clair ? Si on avait fait attention à ce que disait Reynolds, on dirait que c’est ça le post-rock.
A cet hiver.

mercredi 30 juillet 2008

E-Girl - Un parcours : Episode 3

Le Voyage de Noz - Opéra





Voilà des mois que je me suis arrêtée dans mon parcours. Tout juste après deux épisodes. Je savais pourtant quel serait le troisième. Mais impossible à écrire, cette partie ! J’ai recommencé une dizaine de fois. Et à chaque fois, l’insatisfaction : d’abord parce que si je ne voulais pas gratter une dizaine de pages, ça voulait forcément dire que je laissais de côté tel ou tel aspect. Ensuite parce que parler de ce groupe et de ces disques, ça implique forcément pour moi des déballages lyriques et autocentrés (même si c’est un des principes mêmes de l’écriture autobiodiscographique, l’idée reste quand même de parler de disques, et ce sans trop se vautrer dans des « draps de soi ».) Je pourrais d’ailleurs facilement écrire 150 pages sur ce groupe et sa musique. Indigeste, quoi. Donc, je décide de ne plus chercher la perfection, histoire de finir ce parcours avant 2040, et je me tiens aux faits.

Et bien, c’est là que TOUT a commencé.
Tout vient de là.
On est autour de 91-92, il me semble, j’ai 12-13 ans. Je passe une partie des vacances avec mon cousin Olivier et le fils d’un ex de ma tante Emilien. Eux c’est des grands, presque 18 ans, quoi. Emilien passe le bac, mon cousin l’année suivante. Et ils écoutent une cassette en boucle : Le Voyage de Noz, c’est le nom du groupe et la cassette c’est Opéra (enfin je pense, parce que si ça se trouve, c’était Les chants de l’aurore - le truc introuvable, la K7 démo enregistrée pour les fans au tout début du groupe-, mais je ne le saurais jamais puisque Emilien restera le fils de l’EX, donc plus de contact). Un truc de grands, vraiment, avec des paroles très bizarres et un son étrange. Je n’y comprends rien, mais quand quelques temps plus tard je déniche le CD d’Opéra dans la chambre de mon cousin (le vrai, à l’époque, les gravés ça n’existe pas), je le supplie à genoux - ce n’est pas une image, il était coriace - de m’en faire une copie (avec, on ne se refait pas, la k7 de La Boum ;-) ). La cassette je l’ai écoutée des milliers de fois. Le Guru dit qu’il connaît son Gallup par cœur, moi je peux affirmer que je connais mon Noz par cœur. Toutes les notes, tous les instruments. Toutes les virgules sur les pochettes (des heures passées à scrupter chaque détail). Et surtout toutes les paroles.

Parce que pour moi, les Noz, c’est d’abord ça. Les textes écrits et chantés par Stefan. Le disque qui rassemble toutes les chansons du groupe écrites entre 86 et 89, est d’abord le ré-assemblage des morceaux pour écrire une histoire. Des idées posées là, un peu adolescentes, qui créent un nouveau monde, Romantique (au sens littéraire)et onirique, proche de Maldoror et du Voyage au bout de la nuit (tiens, tiens). « Vienne, sous la pluie, se souvient de Schönbrunn / Et Varsovie attend le printemps comme si Prague n’existait plus / A Berlin on mur-mure encore pour un gestalt idéal / Et Venise qui noie ses rêves dans un ultime carnaval ». « Corps à corps et pas à pas, nous avons marché si longtemps / Tant d’efforts et tant de fois, nous avons vu l’océan / Il y avait des fous qui tombaient à trop avoir voulu nous suivre (...) Le sang coule entre mes doigts, Le sang coule entre mes doigts / Tu dessinais nos enfants qui joueraient dans un autre jardin / Je gribouillais des ‘peut-être’ en me perdant dans tes reins / Les journaux annonçaient la guerre et le sourire des nouveaux héros / Nous marchions pour d’autres terres, nous marchions sans un mot ».

Tout vient d’abord de là pour ça. A cause de cette importance que grâce à ce disque, les textes prennent pour moi. J’ai toujours aimé les bouquins, les histoires, toujours lu, toujours été intéressée par les mots, par le matériau et par ce que ça raconte. Et si je peux dire, ma porte d’entrée dans le rock, avec ce que je pouvais entendre chez moi (opéra et classique uniquement, cf. épisodes précédents), ça ne pouvait pas être le son. La musique. Pour moi, c’était brutal, ça faisait mal aux oreilles le rock. Même les Beatles, même les Beach Boys. Je n’entendais pas la mélodie parce que tout était si sonore, si brutal. Imaginez avoir des oreilles qui n’ont entendu presque que la fluidité de Mozart. Donc les textes de Stéfan ont fait ça pour moi. Ils m’ont donné des oreilles pour le rock. Pour ce nouveau son. C’est pour ça que tout vient de là. Sans les Noz, je ne suis pas sûre que le parcours aurait commencé.

Bref, alors si je résume. Parce que je l’ai dit en vraie fan, j’ai des milliers d’anecdotes sur ce groupe là. Et qu’il faut bien les présenter, vu que c’est quand même pas très connu.
Le Voyage de Noz est un groupe lyonnais (là où j’habitais, ado) qui a débuté vers 86-87. Le line up se stabilise : Thierry Tollon, Emmanuel Perrin et son frangin Alexandre, Eric Clapot et Stéphane Pétrier. Ils ont tout de suite eu un gros succès régional, entre autre grâce à leurs prestations scéniques où ils se démarquent vraiment par l’importance accordée à la mise en scène, au visuel. Ils remplissent les salles de la région et sortent finalement Opéra en 89. Le disque est autoproduit mais se vend très très bien dans toute la région Rhône Alpes.

C’est une super carte de visite pour la suite. Du coup le groupe est très courtisé par les maisons de disques pour la sortie du second album. Mais les 5 Noz (Thierry Tollon aux claviers a été remplacé par Thierry Westermeyer à cause d’un problème de santé) refusent de vendre leur âme au diable, et décident de ne pas accepter les compromissions qu’on leur demande pour la sortie de leur deuxième opus, Le signe en 1992. Là encore le disque raconte une histoire et est, en partie, très influencé par Terra Nostra (roman énooorme de Carlos Fuentes, l’un des très grands romanciers mexicains du siècle, si ce n’est de l’Amérique Latine toute entière), Genet, pour les textes. Pour la musique, c’est plus pop-rock. Pour vous donnez des repères, on pourrait dire que le premier album a un son très proche de Marc Seberg. Après, c’est beaucoup moins évident. Les titres comme ''Attache-moi'' ou ''Le Cimetière d’Orville'' sont imparables mélodiquement. Mais les Noz s’autorisent aussi de longs développements comme ''Le Voyage'' (mon préféré) et ses 6min37 que Jean-Louis Foulquier passe à chaque émission sans les couper sur France Inter. Bref, les fans adorent. Le disque se vend bien, mais l’autoproduction montre aussi ses limites : difficile d’étendre indéfiniment son public sans le support d'une maison de disque.

Les Noz passent par une période difficile. C’est Exit Part I qui révèlera, avec sa sortie en 95, les moments glauques de sa gestation et des mois qui l’ont précédée. Désormais sans Thierry Westermeyer mais avec Henri Dolino, les Noz sortent leur album le plus rock et le plus abrasif. A l’intérieur une citation : « l’étoffe des héros est un tissu de mensonges» (Prévert). Tout est dit. On retrouve Aurélia (personnage du premier album), dans un premier morceau à la violence écorchée. Dans Le Signe, l’idée c’était, pour faire court, que le Monde attend de nouveaux héros, un signe à suivre « Je n’attends plus qu’un signe, Jésus Christ ou Lenine, Che Guevara ou Allah pour décoller de terre ». Dans Exit, c’est clair : « Aurélia disait que notre histoire était vide / Oubliée la belle indécence / Au fond du réservoir des sens / Et sous le carénage où nos rêves s’oxydent / C’était toujours les mêmes vagues/ à l’âme d’indifférence / Peux tu croire encore ceux qui parlent du Nouveau monde (...) Peux tu croire encore le coup des cornes d’abondance ? » ''Joyeux Anniversaire Stéphanie Kerr'' (une ado qui exécuta à coups de fusil sa mère et son frère en 1974 aux Usa et qui « arrêtée après 48 heures de fugue déclara simplement aux policiers pour expliquer son geste ’c’était mon anniversaire’ »), ''La Mer Morte'', "Regarde la Mer descendre", en tout six titres seulement, mais six titres sombres et habités.

Exit sera finalement un diptyque : en 97, Exit Part II voit le jour. On y croise Camus, Desnos, Dali et de nouveaux personnages : le dangereux Manifesto, Lady Winter l’inquiétante qui demande de drôles de bouquets à son amant, la douce Marie-Fleur et sa copine Pénéloppe. Et puis cette traînée de Marianne. Album plus calme musicalement, plus pop, (surtout plus de guitares). Mais plus engagé aussi : «Marianne couche avec de drôles de gens / dans les rues de Paris, Toulon, Marseille, Orange / A leur bras elle s’affiche / Marianne couche avec les allemands / Pour leur bel uniforme, le tissu sans mélange / Le reste elle s’en fiche / mais tu rêves Marianne et tu vas encore revenir pleurer quand ils vont te réveiller / Mais tu rêves Marianne, As-tu oublié nos cris métissés que tu étouffais sous ton oreiller ? Marianne jure qu’ils sont de pur sang / mais trop coucher avec ses frères ça dégénère et ça pourrit en dedans / Alors Marianne accouche d’un mauvais sentiment / L’enfant aura tout de son père : un seul œil devant et des années en arrière». On est en 97.



Ces quatre albums serviront ensuite de matière à un double live pour les fans, Petit live entre amis (98).



Et puis Le voyage de Noz choisit de devenir simplement Noz et d’épurer sa musique. Henri Dolino laisse sa place à la basse à Christophe Courtial. Leur album le plus mature est le reflet de cette évolution : il s’appelle L’Homme le plus heureux du monde (2002 ou peut être 2001, damned, j’ai forgotten) et raconte les aventures et la rédemption d’Esther Appertine (anagramme de Stéphane Pétrier), chanteur adulé («connu autant pour ses succès internationaux ‘le singe’ ou ‘escape part I et II’ que pour son attitude sulfureuse et ses frasques sentimentales ») qu’on croit mort dans un accident de voiture, mais qui, on le suppose, a entamé une nouvelle vie loin des tumultes de sa précédente existence. Pour ce disque les Noz ont demandé à Lis Cottam, une violoniste galoise de l’opéra de Lyon de les rejoindre, et comme Eric Clapot a choisi de quitter l’aventure, le groupe reste un quintette. Bon, je pourrais parler de cet album pendant des heures. C’est une réussite totale, les textes sont époustouflants (essayez, vous, de raconter une histoire en chansons, pas si évident), c'est plein d'humour, d'auto-dérision et pas mal de chansons mettent les poils (mes préférées « La quarantaine », « Le Mont Saint Esther », «Empêche-moi de dormir » ou « Retour à la case départ »). Bref, après plus de 10 ans je suis toujours aussi fan et je connais toujours toutes les paroles par cœur.
Suivront le projet "Ricochets" (10 artistes ont dix mois pour résoudre la question suivante : "qui a tué Lorie Hamilton ?" Chaque artiste a 1 mois pour écrire sa chanson et faire progresser l'intrigue. Au bout d'un mois, on passe au suivant : au final un album choral des groupes de la région et une fin inattendue !), l'album "Tout doit disparaître" (2006 avec le génial ''J'empire") et le DVD pour fêter les 20 ans et des poussières d'existence du groupe cette année (2008).

Et puis, cerise sur le gâteau, l'un des nirvanas de tout fan de rock c'est de voir son nom dans les remerciements d'une pochette. J’ai cette chance, avec des mots de Stéphane qui vont droit au cœur.

Parce que si TOUT a commencé là c’est aussi pour ça. Parce qu’être fan d’un groupe proche, ça représente l’avantage de pouvoir aller à presque tous ses concerts, et en plus de rencontrer ses membres sans trop de difficultés. Et comme les albums des Noz sont truffés de références, de trucs cachés à découvrir, de jeux de miroir pour les fans, ça fait d’autant plus de raisons de rentrer en contact avec les gars du combo.



J’ai 17 ans. C’est la fête de la musique. Je suis à la Fnac Bellecour à Lyon. Les Noz viennent de jouer et remballent leur matériel pour aller jouer le soir à Sainté. Je demande à Stéphane comment me procurer Le Signe. Le lien est noué. Adresse donnée, newsletter (sur papier !) reçue, je mets des affiches pour tous les concerts, je distribue des flyers à la fac. Et puis, je parle avec Stefan, des textes, de ses références, des disques qu’il aime, des disques qui ont influencé le groupe... Et c’est le point de départ. De toute ma culture musicale rock. Il me parle des Pixies, de Genesis période Gabriel, des Smiths, des High Llamas, du Bowie de Ziggy, me conseille d’écouter Harmonium dans un coup de cafard, me parle de ses découvertes, de la musique brésilienne de Jobim mais aussi de Marcio Faracco... Et moi, pendant toutes ces années, je cherche tout ce dont il me parle, je fouille, je dégotte. Marc Seberg m’amène à Marquis de Sade, à l’expressionnisme, à Schiele, Genet à Bowie et Bowie à Genet, etc... Bref, ça dépasse bien entendu la musique, mais tout ce que je vais apprendre sur le rock et cette envie insatiable d’en savoir toujours plus, de comprendre les liens, les ramifications entre les groupes, les œuvres, connaître l’histoire de toute cette musique élargie, tout ça commencé grâce aux Noz. Finalement, la plupart des prochains épisodes (de l’autobiodiscographie) pourraient commencer par : « Si j’ai écouté ça, c’est grâce à Stéphane ».
A la fin d'un concert, il m’expliquait d’ailleurs qu'avec ses potes, ils passaient des heures à faire des listes des 10 meilleurs disques du monde (Ca me rappelle des choses ;-)). Une sorte de Club, déjà.

Alors oui, je peux dire. C’est là que tout a commencé.

mardi 8 juillet 2008

Un parcours : épisode 30

Ma voiture c’est une Clio, première version. Je l’ai achetée en 2000. Le 26 avril. Je me souviens de la date parce que maman est morte la veille. Au garage, ils étaient désolés. J’étais sur une autre planète.
Avant ça, j’avais eu une 4L. C’est un copain des parents, le père de la fille à laquelle j’ai rêvé de 7 à 27 ans, qui m’a installé un auto-radio-K7 dedans, me disant très sérieusement qu’il n’était pas question de l’installer n’importe où, question de sécurité. Il l’a mis devant le siège passager.
J’avais highway 61 revisited en K7. Je l’écoutais plus souvent en roulant je crois, qu’à la maison je veux dire. Sans doute parce que les chansons sont longues.
Le seul album de Dylan pendant très longtemps. Ca ne me plaisait pas plus que ça. Je l’aurais découvert avec un album d’avant 65, ça aurait collé. Là je trouvais que ça ressemblait à du blues (je ne me disait pas c’est du blues, Dylan ça devait être du folk). Ca racontait, visiblement, mais je ne comprenais pas.
Il y a moins de 5 ans sans doute, j’ai acheté Blonde on blonde, en CD. J’avais dû lire que c’était un album supérieur du bonhomme, je donnais une deuxième chance. J’ai aimé I want you et Just like a woman.
Encore plus tard, j’ai acheté the Freewheelin’, je crois que c’était à prix réduit.
Au mois d’octobre, l’année dernière, nous sommes retournés au Portugal, chez le parrain de Loussine. J’y ai lu le Chroniques. Ca m’a vraiment plu. Je me suis dit que c’était avant tout un fou de musique, participant un peu à l’histoire mais surtout faisant son truc.
C’est bizarre quand même comme j’ai besoin de savoir des trucs sur, de lire sur, la plupart du temps, pour me mettre à quelque chose.
J’ai lu la rubrique Mes disques à moi avec François Bon dans Rock and Folk. J’ai acheté Blood on the tracks. J’ai emprunté des disques en médiathèque. Damien m’a prêté le film de Scorsese. Ma femme m’a fait un T-Shirt. Je m’autorise 3 disques par mois, commandés par internet, Rennes Musique a fermé, un Dylan quasi à chaque fois. Zélie reconnaît sa voix. J’ai racheté highway 61. J’ai l’impression de le découvrir. Peut-être parce que là il n’y a pas de bruit de moteur.
J’aime bien les formules. J’ai trouvé celle-là : « Je vais bientôt être plus près de mes 50 ans que de mes 20 ans. » En septembre prochain.
J’ai changé la disposition des disques dans les étagères, j’ai mélangé avec ceux de Tiphaine. On va se marier. Je complète plus les discographies de ceux que j’aime : Cure, Led Zep, AC/DC…
J’ai essayé le rock progressif. Je ne me passe plus de Rock Hard. J’achète du métal.
Je suis allé au Hellfest avec mes futurs témoins, avec Benoit et Arnaud.
J’ai appris qu’il ne fallait pas mettre les noms des gens à qui on n’a pas demandé dans un blog.
J’ai fini ce parcours.
Je comptais mettre le 30è épisode un an après le 29è.
Ce sera un peu plus tôt.

mardi 24 juin 2008

Hellfest 2008


Des mois que je suis sur le coup. Des années même. Al’époque du Furyfest, un pote de forum m’avait branché sur la venue des Melvins au Mans.
Mais c’est surtout depuis que je me suis remis au métal que ça me chatouille. Je suis les programmations, les péripéties. Je me dis : « putain, il me faudrait un job où je ne bosse pas du vendredi au lundi soir ». Bingo, je l’ai !
Mais j’y vais doucement : les récits sur l’édition 2007 et les souvenirs de camping aux Vieilles Charrues orientent sur un seul jour. Ce sera le dimanche, compte-tenu de la programmation et malgré l’obligation de mes acolytes de se lever le lendemain matin pour aller au boulot.
Samedi soir, 21 juin, ça joue dans la ville. Je squatte chez les filles du Club pour être plus en forme (qu’à la maison où mes chipies sollicitent la nuit) et faire moins de bagnole le jour même. Elles sortent, je reste regarder le match, même pas jusqu’à la fin pour être au pieu vers 22 h. Allez Russie !
9h 30, RDV avec Benoit et Arnaud au pied de l’immeuble. Le second arrive quasi à l’heure, mais dans un état pas très compatible avec une journée de festival : la veille il a fêté sa future seconde paternité. Mon cousin nous rejoint deux minutes plus tard et fait remarquer en souriant que le temps passe mais les choses ne changent pas. Je dis que si : ils sont à l’heure.
Dans la voiture on cause à deux, derrière ça roupille pour récupérer.
Même pas deux heures et nous voilà à Clisson. Des jeunes tout de noir vêtus s’éloignent du site pour aller « shopping, beer ! ». Nous on est en blanc ou en bleu (moi j’ai choisi le T-Shirt Dylan que ma compagne m’a fait il y a quelques jours). On casse la croute et on déconne sur le boulot d’Arnaud. En ce moment il est avec des gosses au langage extrêmement fleuri, dans un établissement spécialisé.
On y va. Il faut faire un grand tour , en longeant le camping, récupérer des bracelets, se faire fouiller à l’entrée du site. Tout roule, pas d’attente. Il est un peu plus de midi, on est complètement dans les temps. On va pouvoir traverser le site pour atteindre la Discover Stage où doivent jouer Between the Buried and Me. Avant ça, un petit caca dans des chiottes propres avec du papier. Les festivaliers se donnent le tour sans problèmes (puisqu’on en est là : il y a toujours moyen de pisser pas loin d’où on est et pour moi c’est un vrai confort).
C’est marqué dans le programme : USA, Metalcore-Metal progressif. C’est d’un très haut niveau technique, ça plait à Benoit, à moi aussi. L’usage des bouchons d’oreilles s’avère judicieux. On est sous un chapiteau en fait. Et ça aussi c’est judicieux parce que si l’invité de l’année dernière c’était la pluie, cette fois-ci c’est le soleil. Un soleil qui a déjà beaucoup cogné la veille et nous permet d’admirer beaucoup de vanille-fraise (mais comment il a fait celui-là pour avoir une bande du cou au nombril ? Chemise ouverte me répond judicieusement Benoit).
Bon question musique ça démarre vraiment bien en fait. Ah j’ai oublié, Misanthrope jouait quand on est rentré. Groupe français, chante en français, pas une bonne idée.
Notre technicien son s’occupe de nous amener et nous ramener (alors qu’il est celui qui a le plus de route), Arnaud va se charger de nous faire boire. Un panneau prévient « 50 jetons maximum » (= 50 euros). « Bonjour mademoiselle, je voudrais 50 jetons svp ». Première tournée, je suis le seul à boire une bière. A nous 3, en tout, sur près de 12 heures, il y en aura 3 de bues, dont 2 pour moi et une pour mon témoin qui revendra la plupart de ses boutons roses sans soucis. Je constate à voix haute qu’on est tous pères de familles et ça me fait bizarre de l’entendre.
Municipal Waste est sur la Secondstage et ça fait du bien. C’est confirmé, on est au moins deux fans de Thrash. Mais on fait les enfants gâtés qui en auront plein à se mettre sous les dents et on ne suit pas tout. Erreur.
Soilwork a été remplacé. Par un groupe très naze, à chanteuse, qui nous informe de qui ils prennent la place mais pas de qui ils sont. S’en fout.
On va s’asseoir sur un banc, on cause, histoires de famille, secrets des aïeux.
Year of no light démarre et finit en avance ; c’est con, on loupe 10 mn sur 30. Z’étaient en interview dans Noise. Normal, c’est très très bon : entre Neurosis et du Shoegazing, pour faire court.
Forbidden nous cueille quelques pas plus loin alors qu’on quitte le chapiteau. Du thrash, c’est bon. On va au point d’eau. Ça aussi c’est très bien vu. 14h, le soleil dit midi.
Rose Tatoo. Du hard-rock australien venu des 70’s. Nickel. Un chanteur qui a plein de choses à nous dire sur l’amour et pour qui il faut mourir, mais surtout qui a la voix de Bon Scott en chantant un peu, en parlant beaucoup. Devait y avoir un filon là-bas. Très bon moment.
On ne doit plus bouger normalement puisque mes petites croix sur le programme indique que maintenant jusqu’au départ, c’est Mainstage et Secondstage, installées l’une à côté de l’autre.
Donc on enchaine avec the Dillinger Escape Plan. Benoit à qui j’ai prêté des disques prévient Arnaud : ils sont cinglés. C’est vrai. Le pire ce n’est pas le chanteur qui pourtant grimpe où c’est dangereux, emportant même des éléments de batterie en fin de set après avoir balancé son pied de micro dans la foule. Non le pire c’est le guitariste de gauche. M’étonne pas qu’il se casse des trucs des fois. Et celui de droite est pas mal non plus avec sa crête péroxydée. Et la « musique » ? Déjà avant qu’ils jouent, Benoit disait qu’il n’avait jamais entendu une balance de batterie comme ça :en 20 s, plus de roulement que dans tout le set des Rose Tatoo. Frénétique.
Meshuggah est l’autre groupe dont on attend beaucoup, et la grosse déception pour moi. Faut peut-être que j’arrête de faire confiance aux decriptifs, ou alors c’est trop complexe pour mes oreilles et je ne me rend pas compte de ce qu’il y a dedans. M’emmerde.
Obituary prend la suite. On est fan de thrash, pas de Death Metal. On va manger. Je me fais arnaquer et en plus je perds mon super verre hellfest consigné que je voulais garder. Chier.
On voit un bout de The Ocean. Pas assez.
Après avoir causé cul pour nous rappeler des souvenirs en commun, on file voir Opeth qui me fait le même effet en concert qu’en disque : moyen. Et pourtant, deux jours après, c’est encore eux que j’ai dans la tête. « Meilleur chant guttural » pour Benoit.
My Dying Bride prend la suite. Doom, lent donc. Pas l’idéal alors qu’on fatigue et qu’on se rend compte qu’on a cramé. Je dis que ce serait mieux le soir, Ben ajoute « dans une cathédrale ». C’est familial sinon. On est à moins de deux mètres de minettes de 12 et 14 ans à tout casser, qui lisent tranquillou leurs bouquins sur le gothique achetés à l’extremmarket. Papa et maman viennent s’intaller à côté, lui cattogan et lunettes surfeurs, elle la quarantaine correct, les deux petits gilets cuir. Un peu plus loins une femme enceinte (au moins 7 mois) qui demande à son mec de se rapproche de la scène. On est pourtant pas loin.
Tiens question gosse, ça me rappelle qu’à notre arrivée on a vu débouler un motard cross à peine plus haut que ma fille de 4 ans, qui se prenait les buttes menant au chapiteau.
Je dis que No FX va nous faire du bien. Je ne peux pas savoir à quel point j’ai raison.
Ils arrivent et ils commencent par dire des conneries : qu’ils n’ont qu’un seul morceau (et ils commencent une reprise d’Iron Maiden), qu’ils vont parler pendant un quart d’heure et faire de la musique après, que le mec avec les cheveux verts a vraiment l’air stupide etc…
Foutage de gueule totale sur le métal pendant tout le set, ou presque. Le meilleur moment étant celui où Fat Mike tient à faire remarquer que leur batteur n’a qu’une simple pédale, le gus commence à jouer (à toutes berzingues) et l’autre l’arrête en nous prenant à témoin avec son index : « one single pedal ! ». Je crois entendre Jack Black.
Il y a eu aussi l’intervention sur le drapeau (qui tranche avec les commentaires du chanteur de Rose Tatoo, avec tout le reste en fait), un drapeau américain qui fait dire au bassiste qu’il faut le virer, qu’ils ne sont pas fiers d’être américains, qu’ils sont fiers d’être alcooliques.
Je ne peux pas tout raconter, je ne sais même pas si j’aurais eu le temps de prendre des notes avec le carnet que je voulais emmener.
Sinon musicalement c’était parfait. Putain, je sais ce que je veux écouter comme disques dans les prochaines semaines !
Et puis aussi, je sais ce que je veux faire quand je serai grand : je veux être Eric Melvin. Je vous jure que c’est vrai ! A propos de grand, ça me rappelle quand Mike a demandé qui avait moins de 18 ans, pour ensuite lancer « fuck the kids ». Et la reprise de « Champs Elysées », et les morceaux reggae. Le seul noir que j’ai vu du festival dansait comme un fou à côté de moi et connaissait toutes les paroles.
A la fin du set, un type à lunettes et à poil a fendu la foule en arrivant derrière nous, et Arnaud s’est fait un peu bousculer par une nana en fauteuil roulant qui lui a expliqué qu’elle essayait de suivre le zig pour prendre son cul en photo.
Moralité : le meilleur dans les festivals de métal, c’est les groupes de punk-rock.
Après ça on va s’en jeter une derrière la cravate pendant At The Gates (Death metal mais mélodique, mais toujours pas bon). Un Anglais plus grand que moi d’au moins 15 cm (je fais 1,84m) avec au moins 30 kg de plus (un bon 73kg) me renverse une partie de son verre dessus puis me demande très gentiment d’où je viens, comme je dis Bretagne, il commence à m’expliquer qu’on est du même sang. Je dis oui, il est très bourré et j’entrave que dalle.
En allant à nouveau vers la discoverstage, nous verrons des Clissonnais. Ils sont facile à reconnaître : ils ont plus de 50 ans et on dirait qu’ils sont dans une réserve, pour observer. On croise ainsi un couple tout de blanc vêtu (cheveux compris), puis d’autres ensuite que les premiers rejoignent, mais ceux-ci on fait l’effort d’avoir des chemises noires (effort méritoire sous le cagnard) et dodelinent de la tête pendant le set des Suédois décidément pas assez mélodiques.
Sous le chapiteau, on a le temps de ne choper que 5 mn de Dying Fœtus et c’est bien dommage parce que je me disais que le Grind serait pire que le Death et en fait non, niveau son, je suis bien plus client.
Retour vers la Mainstage pour ce qu’on avait prévu être le dernier groupe pour nous : Motorhead.
On s’était fixé 23h30 comme départ. Avant qu’ils démarre je propose 23h15. Pendant qu’ils jouent je me dis : je vais essayer 23h. Mais quand je me retourne, à moins 10, j’en vois un qui s’étire le cou et l’autre qui baille à s’en décrocher la machoire. Pourtant c’est efficace mais on est HS, et tous d’accord pour rentrer.
Et tous d’accord pour revenir l’année prochaine.
Peut-être bien pour deux jours.
Sur le chemin, j’achète du muscadet avec une étiquette du festival. Faut que le mette au frais.